La fin d’un monde n’est pas la fin du monde. Michel MaffesoliPhoto de Christoffer RelanderLes changements politiques vécus en France ces derniers temps sont l’expression visible d’une évolution lente et invisible des mentalités. Et on ne comprend pas grand-chose à ces changements si l’on ne sait ni percevoir ni interpréter cette évolution. A plusieurs reprises nous avons évoqué dans le Journal Intégral les travaux du sociologue Michel Maffesoli, un des interprètes les plus inspirés de cette mutation culturelle. A l’occasion de la parution de son dernier livre, Ecosophie, Michel Maffesoli a accordé un entretien à FigaroVox dans lequel il évoque le basculement de la modernité vers la post-modernité avec l’émergence du paradigme écosophique : « nouvel équilibre entre la matière et l’esprit ». Sa perception aiguisée et sa profonde culture permettent à M.Maffesoli de donner du sens à ce qui ressemble à un chaos apparent. Et ses observations rejoignent en partie celles développées à partir d’une vision intégrale. Ce qu’il oppose au progressisme abstrait et linéaire de la modernité, « c’est une philosophie « progressive » du devenir du monde. Non pas la ligne droite de l’histoire, allant vers un monde toujours meilleur, (ou supposé tel), mais plutôt un cheminement en spirale, dans lequel le passé n’est pas dépassé mais intégré… Les sociétés construisent à chaque époque un rapport entre le monde matériel et le monde de l’esprit différent, et partant dessinent un vivre ensemble basé sur des règles différentes. » Ami d’Edgar Morin comme de Pierre Rabhi, Nicolas Hulot exprime cette dimension écosophique quand il écrit : « Penser écologique c’est penser intégral ». Même si sa position est très minoritaire au sein d’un gouvernement dirigé par un nucléocrate, sa nomination au rang de ministre d’État apparaît comme un signe des temps comme l’a été l’émergence de La France Insoumise dans laquelle se sont reconnues les jeunes générations animées par une sensibilité à la fois écologique et humaniste. La réflexion de Michel Maffesoli permet de mieux comprendre cette vague qualifiée de « dégagiste » qui vise à dépasser le paradigme abstrait et technocratique de la modernité, véhiculé aussi bien par la gauche socialiste que par la droite libérale. Cette vague « dégagiste » renvoie à ce que le philosophe Giorgio Agamben nomme une « puissance destituante ». Une destitution du modèle dominant qui passe par la déconstruction du fétichisme de l’abstraction et de la religion de l’économie pour permettre l’émergence de cette « sagesse commune » qui est l’étymologie même de l’écosophie. Le nouvel esprit du temps est celui d’une lente et profonde conversion d’une vision économique, fondée sur l’intérêt individuel, en une vision écosophique inspirée par une sagesse commune. Comprendre ce nouvel esprit du temps, c’est détenir une clé d’interprétation qui permet de percevoir et de décrypter le sens de nombreux phénomènes sociaux et culturels comme autant d’éléments d’une même mutation.Du Mème Orange au Mème Vert Si nous faisons régulièrement référence aux analyses de Michel Maffesoli c’est qu’elle permettent de déconstruire avec rigueur et profondeur l’esprit, l’épistémologie et les institutions de la « modernité ». Une telle déconstruction permet en effet de mieux se libérer de l’emprise exercée par l’ancien modèle pour observer l’émergence du nouveau paradigme ainsi que les résistances rencontrées par celle-ci de la part d’une mentalité technocratique encore dominante dans les institutions. Cependant, la pensée de Maffesoli reste encore imprégnée d’une idéologie relativiste qui fut celle de sa génération. Il met au service de ce relativisme un corpus et une culture académique qui interdisent de penser le saut évolutif et qualitatif conduisant du pluralisme post-moderne vers cette « cosmodernité », intégrale et évolutionnaire, inspirant notre propre réflexion. S’il a bien analysé ce que le modèle de la Spirale Dynamique nomme le passage du Mème Orange – individualiste, réductionniste et rationaliste – au Mème Vert – communautaire, relativiste et pluraliste -, le passage de ce Mème Vert au Mème Jaune – intégratif, systémique et holistique – échappe encore en partie au radar du sociologue. Il n’empêche que M.Maffesoli est le représentant, au cœur même de l’institution, d’une régénération intellectuelle, épistémique et méthodologique, qui fait d’autant plus scandale qu’elle remet en question le paradigme dominant d’une pensée institutionnelle encore fortement identifiée au Mème Orange. La fin d’un monde n’est pas la fin du monde. Entretien avec Michel Maffesoli FIGAROVOX.- Votre dernier livre s’intitule Ecosophie. Que signifie ce concept? En quoi se distingue-t-il de l’écologie? Michel MAFFESOLI.- Je parle d’Ecosophie (notion empruntée à Raimon Panikkar, philosophe hispano-hindou, 1918 – 2010) pour me différencier de l’écologie et surtout, puisqu’en France, à la différence d’autres pays européens elle n’est quasiment plus que ça, de l’écologie politique. L’

Source : Le Journal Intégral: Ecosophie : Une Sagesse Commune

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