Alimentation : changeons

Alimentation durable : Les nouvelles recommandations de la commission EAT-Lancet transforment notre vision de l’assiette idéale

Allimentaion ce qu il faut changer

Le 4 octobre 2025, le quotidien La Provence rapportait les conclusions du nouveau rapport de la commission scientifique EAT-Lancet, confirmant l’urgence d’une profonde transformation de nos habitudes alimentaires. Six ans après leur premier rapport révolutionnaire, les experts internationaux persistent et signent : notre alimentation doit changer pour préserver à la fois notre santé et notre planète.

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L’assiette santé planétaire selon la Commission EAT-Lancet (source centdegres)

Un constat alarmant sur l’état actuel de nos systèmes alimentaires

La commission EAT-Lancet, réunissant une quarantaine de commissaires et plus de cent chercheurs de disciplines variées, dresse un bilan sans appel de nos systèmes alimentaires actuels. Les systèmes alimentaires sont devenus les principaux moteurs des défis mondiaux les plus urgents : maladies chroniques, inégalités croissantes, accélération du changement climatique et perte de biodiversité.
Malgré une production alimentaire mondiale suffisante, près de la moitié des 8 milliards d’habitants de la planète – environ 3,7 milliards de personnes – n’ont pas accès à une alimentation saine, à un environnement propre ou à un revenu décent. Cette situation paradoxale révèle les dysfonctionnements profonds d’un système conçu au XXe siècle sur la promesse de nourrir toute la population mondiale, mais qui montre aujourd’hui ses limites criantes.
Le régime de santé planétaire : une solution scientifiquement validée
Des recommandations alimentaires précises et flexibles
Le “régime de santé planétaire” proposé par la commission EAT-Lancet maintient ses recommandations de 2019, désormais renforcées par six années supplémentaires de recherches. Ce régime est “avant tout basé sur des sources végétales, avec une part modérée d’aliments d’origine animale et le moins possible de sucres ajoutés, de graisses saturées et de sel”.

Le régime de santé planétaire : une solution scientifiquement validée

Des recommandations alimentaires précises et flexibles

Le “régime de santé planétaire” proposé par la commission EAT-Lancet maintient ses recommandations de 2019, désormais renforcées par six années supplémentaires de recherches. Ce régime est “avant tout basé sur des sources végétales, avec une part modérée d’aliments d’origine animale et le moins possible de sucres ajoutés, de graisses saturées et de sel”.

Recommandations

Recommandations alimentaires quotidiennes du rapport EAT-Lancet 2025

Les recommandations quantitatives sont désormais affinées : 200 grammes de légumes par jour, 300 grammes de fruits, 210 grammes de céréales complètes, et 75 grammes de légumineuses. Pour les protéines animales, les limites restent strictes : maximum 15 grammes de viande rouge quotidiens (soit environ une portion par semaine), 30 grammes de volaille, 30 grammes de poisson, et 250 grammes de produits laitiers.

Assiette ideale

Cette approche n’est pas rigide. Comme l’explique le Dr Walter C. Willett, coprésident de la commission : “Le régime alimentaire pour une santé planétaire n’est pas une approche universelle. Il prend en compte la diversité culturelle et les préférences individuelles, offrant une certaine flexibilité dans le cadre de lignes directrices claires”.

Un impact sanitaire démontré

L’adoption généralisée de ce régime permettrait de prévenir environ 15 millions de décès prématurés par an, soit une réduction de 27% du risque de décès prématuré. Cette diminution s’explique par la réduction considérable des risques de maladies chroniques : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, cancers et maladies neurodégénératives.

Les données scientifiques montrent que “la consommation de viande rouge est associée à un risque plus élevé de mortalité dans les pays où elle est élevée depuis plusieurs décennies”. À l’inverse, une alimentation riche en végétaux peu transformés apporte des bénéfices nutritionnels optimaux tout en réduisant l’empreinte écologique.

L’impact environnemental : une urgence planétaire

Des limites planétaires largement dépassées

Pour la première fois, le rapport EAT-Lancet 2025 quantifie précisément la part de responsabilité des systèmes alimentaires mondiaux dans les neuf limites planétaires. Les résultats sont édifiants : notre alimentation contribue directement à la déforestation, à la pollution chimique, aux perturbations des cycles de l’azote et du phosphore, mobilise une part colossale d’eau douce et génère 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Limites planetaires 6eme eau douche vignette 1

Source Bon Pote

L’agriculture occupe 40% des terres émergées et utilise 70% de l’eau douce disponible. La conversion des écosystèmes naturels en terres cultivables et pâturages constitue la principale menace d’extinction des espèces. Cette pression exercée par nos systèmes alimentaires place l’alimentation comme “la principale cause des transgressions des limites planétaires”.

Un potentiel de réduction significatif

L’adoption mondiale du régime EAT-Lancet pourrait entraîner une réduction de 15% des émissions de gaz à effet de serre provenant de l’agriculture, principalement grâce à la diminution de la production de viande, particulièrement la viande rouge qui nécessite la libération de nombreux gaz à effet de serre. Une productivité accrue des cultures, des réductions du gaspillage alimentaire et d’autres améliorations pourraient porter cette réduction à 20%.

Comme l’indique Emily Cassidy, chercheuse citée dans le rapport : si les populations des pays à revenu élevé et intermédiaire limitaient la consommation de bœuf et d’agneau à environ une portion par semaine, elles pourraient réduire les émissions équivalentes au total annuel des émissions de la Russie.

La dimension sociale et économique de la transformation

Justice alimentaire et équité sociale

Le rapport 2025 intègre désormais un vaste volet lié à la “justice sociale”, reconnaissant que près de la moitié de la population mondiale se voit refuser une alimentation adéquate, un environnement sain ou un travail décent dans le système alimentaire. Les inégalités sont criantes : 30% des personnes les plus riches génèrent à elles seules plus de 70% de l’empreinte alimentaire mondiale.

Christina Hicks, professeure de sciences sociales à l’université de Lancaster et membre de la commission, insiste : “L’équité et la justice ne sont pas facultatives : elles sont indispensables à des systèmes alimentaires résilients et durables. Sans s’attaquer aux inégalités profondément ancrées dans les systèmes alimentaires actuels, aucune transformation ne sera complète ni durable”.

Un investissement rentable à long terme

La transformation alimentaire nécessite un investissement considérable, estimé entre 200 et 500 milliards de dollars chaque année. Cependant, le retour sur investissement serait démultiplié : jusqu’à 5000 milliards de bénéfices annuels grâce aux économies sur la santé publique, aux écosystèmes restaurés et à l’adaptation au changement climatique.

Cette transformation modifierait profondément la structure de l’emploi agricole : baisse de 36% de la demande de travail dans l’élevage, hausse dans les secteurs végétaux (fruits, légumes, légumineuses), avec une réduction globale modérée de l’emploi agricole (-5%), mais des effets différenciés selon les régions.

Les stratégies de mise en œuvre : huit leviers d’action

Créer des environnements alimentaires favorables

La commission propose huit solutions prioritaires pour transformer les systèmes alimentaires. La première consiste à créer des environnements alimentaires favorables aux régimes sains en utilisant la fiscalité pour rendre les aliments sains plus abordables (taxes sur les produits ultra-transformés, subventions sur les fruits, légumes, légumineuses), en régulant la publicité et en imposant des étiquetages clairs.

Protéger et promouvoir les régimes traditionnels

Il s’agit également d’intégrer les aliments traditionnels dans les recommandations nutritionnelles et les politiques publiques, de soutenir les marchés locaux et les chaînes de valeur territoriales, et de valoriser les savoirs culinaires et les pratiques agroécologiques autochtones.

Circuit court 1

Transformer les pratiques agricoles

La transition vers l’agroécologie et des systèmes agricoles plus résilients représente un défi majeur. Si ce régime de santé était adopté à l’échelle planétaire, les scénarios du rapport estiment que le secteur de l’élevage de ruminants pourrait diminuer de 33%, tandis que les filières végétales pourraient s’étendre de 63%.

Les défis et résistances à surmonter

Opposition des industries agroalimentaires

La commission EAT-Lancet fait face à une opposition organisée de certains acteurs de l’agroalimentaire. Comme le rapportait déjà la presse en 2025, de nombreuses fédérations du secteur ont rejeté des préconisations présentées comme caricaturales ou inadaptées aux habitudes locales. Une ONG, Changing Markets, avait même publié un rapport accusant plusieurs acteurs d’avoir orchestré une campagne de désinformation en ligne contre les conclusions de la commission.

Adaptation culturelle et préférences alimentaires

Les chercheurs admettent que leurs recommandations, si elles sont bonnes pour la santé à long terme, peuvent causer des carences à court terme chez certaines personnes, en particulier si elles ne retiennent que le bas des fourchettes proposées. Cette reconnaissance souligne l’importance d’une approche progressive et accompagnée.

Vers une feuille de route 2050 : trajectoires et gouvernance

Un changement systémique nécessaire

Johan Rockström, coprésident de la commission et directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, avertit : “Si nous ne nous éloignons pas du chemin alimentaire non-durable que nous suivons aujourd’hui, nous échouerons sur l’agenda climatique. Nous échouerons sur l’agenda de la biodiversité. Nous échouerons sur la sécurité alimentaire”.

Intégration dans les politiques climatiques

Les experts espèrent voir leurs conclusions entendues lors des prochains sommets climatiques, notamment la COP30 organisée au Brésil. Cependant, ils restent conscients que l’agriculture et l’alimentation sont souvent reléguées aux marges des grands sommets climatiques, alors qu’elles constituent un levier essentiel pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Conclusion : l’alimentation comme levier de transformation globale

Le rapport EAT-Lancet 2025 confirme et renforce les conclusions de 2019 : notre fourchette est l’une des armes les plus puissantes du XXIe siècle. La transformation des systèmes alimentaires n’est plus une option mais une nécessité vitale pour l’avenir de l’humanité et de la planète.

Cette transformation, biophysiquement possible, économiquement rationnelle, et socialement nécessaire, exige des changements profonds dans nos régimes alimentaires, nos pratiques agricoles, nos politiques publiques et nos imaginaires collectifs. Elle ne pourra réussir que si elle est co-construite, financée, suivie et ancrée dans les territoires, avec la participation de tous les acteurs de la chaîne alimentaire.

L’article de La Provence du 4 octobre 2025 nous rappelle que cette transformation alimentaire, loin d’être un simple ajustement nutritionnel, constitue un véritable projet de société pour réconcilier santé humaine, justice sociale et préservation de notre environnement. Les recommandations scientifiques sont désormais établies ; il reste à construire la volonté politique et l’engagement citoyen nécessaires à leur mise en œuvre.

Sources principales : La Provence (4 octobre 2025), rapport EAT-Lancet Commission 2025, The Lancet, diverses sources médiatiques spécialisées

Article rédigé par Jean-Louis MANIFACIER

Article rédigé par Jean-Louis MANIFACIER

“L’homme appartient à la nature car tout est interdépendant. C’est pourquoi je m’investie pour améliorer ce lien dans notre beau village d’Eyragues.”

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